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Fuir à l'Ouest

Le rideau de fer fut, après la seconde guerre mondiale et jusqu’au début des années 90, le symbole de la séparation physique de l’Europe en deux blocs, les pays de l’Ouest sous influence américaine, les pays dits de l’Est sous la domination soviétique. Le mur de Berlin constituera la coupure ultime d’une ville, Berlin et d’un pays, l’Allemagne.

La Roumanie, pays de culture latine, fit partie de la sphère communiste. Située dans la partie orientale de l’Europe avec une ouverture sur la Mer Noire, le pays est frontalier de la Bulgarie, de l’ex- Yougoslavie (aujourd’hui la Serbie), de la Hongrie et de l’ex-URSS (aujourd’hui la Moldavie et l’Ukraine). La Roumanie coupe toutes les relations avec les pays de l’Ouest et ses ressortissants n’ont plus le droit de sortir de leur pays.

Les conditions de vide difficiles, les persécutions incessantes envers les citoyens déclarés « traîtres à la patrie », l’absence de liberté et la surveillance omniprésente par la police politique vont pousser des Roumains, malgré les risques (emprisonnement dans des conditions très dures, représailles sur l’entourage, rétrogradation en milieu professionnel, etc) et le coût, à s’exiler à l’Ouest dans l’espoir d’y mener une vie meilleure, aussi bien au niveau matériel qu’en terme de liberté. L’enjeu est alors double : il s’agit d’une part de quitter le pays, de passer la frontière de la Roumanie avec un pays limitrophe (qui sont tous sous influence soviétique) puis, après un nouveau périple, de passer le « Rideau de fer » pour entrer dans un pays de l’Ouest et aller vers la destination finale envisagée pour la demande d’asile.

Dans « Le doux murmure des Carpates », l’héroïne Ileana et plusieurs membres de sa famille quittent le pays, d’autres personnages secondaires du roman ont également fui la Roumanie. Le choix de cette famille s’est porté sur la France où s’est formée avec le temps une importante communauté roumaine (les affinités culturelles sont anciennes entre les deux pays, penchant « francophile » de nombreux Roumains, Bucarest est surnommé « le petit Paris des Balkans »). Il est à noter que la trajectoire de chaque personne est individuelle, surtout face à un choix de vie irréversible (partir de la Roumanie communiste signifiait tout laisser derrière soi, ne plus y revenir ni n’avoir de contact avec les proches restés) et que les destinations des exilés se sont portées vers des pays divers, l’Allemagne par exemple (pour les Roumains germanophones, l’usage d’une langue commune facilitant l’intégration), l’Italie (similitude des deux langues). Des pays comme l’Australie ou la Nouvelle-Zélande qui ont toujours eu des politiques d’accueil des immigrés proactives proposaient aux ressortissants roumains des conditions favorables à leur installation (primes financières, aide à l’installation).

La lecture d’ouvrages, de récits et de témoignages  a inspiré l’écriture des fuites de la Roumanie vers la France. En voici la substance :

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L’autrice raconte sous forme romancée l’histoire de sa belle-mère d’origine roumaine qui a émigré aux Etats-Unis. Celle-ci a fui vers Israël dans un premier temps. L’Etat juif avait obtenu le rapatriement de ses ressortissants moyennant le versement à la Roumanie de sommes d’argent (cette pratique permettait à l’Etat de récupérer des devises étrangères qui profitaient essentiellement à la nomenklatura). Elle avait en effet, épousé un homme de confession juive et ils s’enfuiront, en famille avec leur jeune enfant. Un roman riche et émouvant qui couvre toute la vie de l’héroïne, de la Bessarabie où elle est née jusqu’aux Etats-Unis, terre d’accueil migratoire de tous les possibles où elle n’aura de cesse de veiller à ce que son fils unique Alexandru ait « un brillant avenir ».

Roxana Maracineanu

Nageuse d’origine roumaine, arrivée en France à l’âge de 9 ans, naturalisée française lorsqu’elle a 16 ans et qu’elle est déjà repérée comme une championne potentielle de sa discipline, elle remporte un titre de championne du monde en 200 mètres dos en 1998 puis une médaille d’or aux Jeux olympiques de Sydney en 2000. Elle est ministre des Sports entre 2020 et 2022.

Pour en savoir plus sur son arrivée en France via l’Algérie (évoquée par la jeune Doïna avec qui Ileana apprend le français), voir l’article de Stéphane Kronenberger Des migrants en or. Portraits de médaillés olympiques français nés à l’étranger - Roxana Maracineanu, nageuse en liberté.

Nadia Comăneci

La célèbre gymnaste roumaine a attiré les regards du monde entier lors des Jeux olympiques de Montréal en 1976 où elle obtient la note de 10 à sept reprises. Elle remporte alors trois médailles d’or, une médaille d’argent et une médaille en bronze, à l’âge de quatorze ans et huit mois.

Elle s’enfuit de Roumanie en novembre 1989, un mois avant la chute du régime de Ceausescu. Elle franchit à pied la frontière hongroise, rejoint l’Autriche puis les Etats-Unis. Elle deviendra citoyenne américaine en 2001.

 

Quand ils l’évoquent, les Roumains ont l’habitude de qualifier cette fuite vers l’Ouest comme la « fuite Nadia ».

 

La petite communiste qui ne souriait jamais Lola Lafon Actes Sud 2014 – Un roman sur les dessous de l’entrainement de Nadia Comaneci dans la dictature roumaine

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L’auteur construit ce récit autobiographique autour de la consultation du dossier que la police politique, la Sécuritate a constitué sur lui. Les difficultés de la vie en Roumanie le décident à partir en 1973, alors qu’il est une jeune trentenaire. A cette fin, il utilise un séjour professionnel à Londres où il ne remonte pas dans l’avion de retour. Ne souhaitant pas rester clandestin, il transite dans un camp d’émigration à Trieste où il éprouve de dures conditions de vie sur une longue période, le casse-tête pour trouver des papiers pour s’installer dans un pays qui sera au final la France (il a laissé une femme et un enfant en Roumanie qu’il compte faire venir et cela dissuade certains pays de l’accueillir). Le lecteur suit ses conditions d’installation en France, ses réflexions sur la position officielle de l’Etat français qui a toujours valorisé Ceausescu, considéré comme faisant preuve d’indépendance vis-à-vis de l’URSS.

Ce témoignage réaliste et pragmatique a nourri l’écriture de certaines scènes de l’écriture du roman.

Le soleil se levait à l’Ouest Dan Spinceana 2025

Ce roman (qui fait référence à de nombreuses anecdotes de la vie de l’auteur) retrace aussi bien la vie dans le régime dictatorial que les tentatives de fuite du narrateur Toma. Celles-ci furent multiples, entrainant des représailles et un séjour en prison pour celui qui devint un « traître à la patrie ». Sa persévérance ainsi que sa condition physique exceptionnelle (celle d’un grand sportif, moniteur de ski et de natation entre autres) lui permettront de partir à la nage, franchissant le Danube à l’endroit de cette frontière naturelle nommée « les Portes de fer » jusqu’à la rive yougoslave où lui et ses acolytes essuieront une pluie de tirs par les forces de l’ordre roumaine.

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